« Le prédateur de ma fille est un homme libre »
Isabelle avait 13 ans lorsqu’elle a été victime d’agression sexuelle dans deux hôtels de Moncton. Sa mère ne comprend pas que l’Américain qui était accusé de leurre d’enfant, d’agression sexuelle, de production de pornographie juvénile sur sa fille évite un procès au Nouveau-Brunswick en raison de l’arrêt Jordan. Les noms de l’adolescente et de sa mère ont été modifiés pour protéger l’anonymat de la victime. L’accusé dans ce dossier, Elan Charles Brest, n’a pas été jugé pour les accusations qui pesaient contre lui et ne sera jamais reconnu coupable ou non. Les allégations signalées dans ce reportage sont tirées de documents judiciaires. Elan Charles Brest, un homme de 25 ans du New Hampshire, a contacté Isabelle, une jeune fille de 13 ans de Moncton, sur le réseau social Snapchat en 2023. Le 27 juin, le père d’Isabelle remarque des frais sur sa facture de téléphonie cellulaire pour des appels en provenance des États-Unis. Elan Charles Brest au palais de justice à Moncton. Photo : Rachel Gauvin Ce qu’elle ignorait était que cet homme avait déjà rencontré Isabelle à Moncton à l’hôtel Travelodge de la rue Mountain quelques jours auparavant. Malgré les avertissements des parents d’Isabelle, Elan Charles Brest garde contact avec la jeune fille. Un mois plus tard, le 11 juillet 2023, il loue une autre chambre d’hôtel, toujours à Moncton, et retourne chercher Isabelle dans son quartier. Lorsqu’elle lui dit qu’elle va au parc, Hélène a un mauvais pressentiment. Elle parvient à la localiser grâce à sa montre intelligente. Hélène garde l’image douloureuse des policiers qui arrivent au Days Inns sur la rue Mountain au moment où Isabelle sort de l’hôtel avec Elan Charles Brest. La jeune femme a été trouvée avec Elan Charles Brest dans cet hôtel Days Inn du chemin Mountain à Moncton. Photo : Radio-Canada Il l’a complètement manipulée et leurrée. Suite à son arrestation, Elan Charles Brest est accusé de contact sexuel, d’agression sexuelle, de leurre d’enfant et de production de pornographie juvénile. La mère d'Isabelle ne comprend pas qu’Elan Charles Brest soit un homme libre aujourd’hui en raison de l’arrêt Jordan. Si elle accepte d’en parler, c’est pour donner une voix à sa fille qui n’a pas eu l’occasion de s’exprimer en cour. Le prédateur de ma fille est un homme libre. Dans sa déclaration aux policiers, Isabelle dit avoir eu des relations sexuelles et du sexe oral avec Elan Charles Brest lors de leurs rencontres dans ces deux chambres d’hôtel. Elle témoigne aussi que l’Américain a filmé leurs activités sexuelles. Isabelle a confié aux policiers qu’Elan Charles Brest lui a acheté des objets sexuels pour leurs appels vidéo à distance. Les policiers ont confirmé dans un communiqué de presse avoir saisi des objets, dont du matériel sexuel, dans une chambre d’hôtel en juillet 2023. Elan Charles Brest à sa sortie du palais de justice de Moncton. Photo : Radio-Canada Dans un affidavit en juillet 2024, Elan Charles Brest a déclaré ne pas savoir qu’elle était mineure. La jeune fille lui aurait parlé de ses activités sexuelles par le passé, qu’elle était finissante au secondaire et qu’elle avait un emploi au centre commercial. Le procès d’Elan Charles Brest devait commencer le 6 février 2025 en Cour du Banc du Roi à Moncton. Cependant, deux jours avant le début du procès, un problème lié à la preuve a été soulevé. Des déclarations audio et vidéo d’Hélène et d'Isabelle et des centaines de pages de divulgation n'avaient pas été transmises à la Couronne par la police, et par conséquent n’avaient pas été divulguées à l’avocat de la défense. Le retard occasionné par ce problème aurait enfreint le droit de l’accusé d’être jugé dans le délai de 30 mois fixé par la Cour suprême du Canada. Depuis 2016, après une décision de la Cour suprême du Canada appelée l’arrêt Jordan, les dossiers criminels et pénaux doivent se conclure dans un délai raisonnable. L'avocat de la défense a demandé que l’arrêt Jordan soit appliqué pour son client huit mois après le dépôt des accusations, le 5 mars 2024, et cela même si on était encore loin des 30 mois alloués pour les procès en Cour du Banc du Roi. Maître Nathan Gorham a évoqué que les délais causaient des préjudices à son Elan Charles Brest a passé un an derrière les barreaux au Nouveau-Brunswick. Par la suite, il a payé une caution de 50 000 $ et la cour a accepté qu’il soit en liberté sous la supervision de ses parents aux États-Unis. Le directeur des poursuites publiques du Nouveau-Brunswick, Brian Munn, explique dans une déclaration écrite, avoir appris le 4 février 2025 que des déclarations audio et vidéo n’avaient pas été fournies à la Couronne. Des éléments de preuve qui n'ont pas été remis à la Couronne ont contribué à l'arrêt des procédures, selon le directeur des poursuites publiques du Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue Le directeur des poursuites publiques ajoute que compte tenu de la divulgation tardive et l’importance de son contenu, un ajournement des procédures était inévitable. Hélène dénonce l’application de l’arrêt Jordan pour des cas de crimes de natures sexuelles. Il peut encore contacter notre fille. Il n’y a aucune justice pour ma fille. Hélène réclame maintenant une enquête auprès de la police et du Bureau des procureurs de la Couronne pour comprendre pourquoi les éléments de preuves n’ont pas été présentés correctement en cour. Elle se bat maintenant pour apporter des réponses à sa fille, qui a eu le courage de parler.Un premier contact sur Snapchat
J’ai appelé le numéro, c’était un homme qui a répondu
, raconte Hélène, la mère d’Isabelle. Il s’est identifié comme Elan, je lui ai demandé s’il était un adulte et il a dit oui. Je lui ai dit que ma fille venait tout juste d’avoir 13 ans, que je voulais qu’il la laisse tranquille, qu’il ne l’appelle plus jamais.


Il est venu la chercher dans notre voisinage pour l’amener à l’hôtel, il l’a agressée sexuellement plusieurs fois, il a pris des vidéos et des photos. Il lui a acheté des objets sexuels, une tablette, des vapes
, raconte sa mère.Donner une voix à sa fille
Lorsque je lui ai dit que les procédures étaient arrêtées, elle a pleuré. Elle ne démontre jamais ses émotions, mais elle a pleuré et m’a demandé ce qu’elle a fait de pas correct? J’ai fait tout ce que j’ai pu comme maman, je lui ai dit qu’elle n’avait rien fait de mal, qu’elle n’était qu’une enfant d’à peine 13 ans.

Il dit qu’il pensait qu’elle avait 18 ans. En la voyant, tu vois bien qu’elle n’a pas 18 ans. Sur les photos, tu vois bien qu’elle a un corps de petite fille
, lâche Hélène avec amertume.Il le savait que c’était une enfant, c’est un pédophile qui est maintenant en liberté, qui peut revenir au Canada n’importe quand. Moi, je veux que quelqu’un qui a du pouvoir prenne ça en main et change l’arrêt Jordan. Je veux que quelqu’un me donne des réponses. Qu’est-ce qui s’est passé? À qui la faute? Ma fille a le droit de savoir.
L’arrêt Jordan invoqué
jeune client
qui était en prison loin de ses parents. Selon lui, Elan Charles Brest subissait des dommages émotionnels et souffrait de problèmes de santé mentale causés par son incarcération préventive, des éléments qui nuiraient à la défense pleine et entière de son client, a-t-il argumenté.Les explications du directeur des poursuites publiques

Cette divulgation comprenait plusieurs éléments de preuve importants, et leur non-divulgation aurait une incidence sur le droit de l’accusé
, peut-on lire.Toute accusation criminelle qui n’est pas jugée sur le fond en est une de trop
, a toutefois ajouté Brian Munn.Il n’y a aucune justice
Elle croit que sa fille, en plus d’avoir été victime d’un prédateur sexuel, a été victime du système judiciaire. Ma fille a été revictimisée à plusieurs reprises parce qu’elle a dû raconter son histoire plusieurs fois aux policiers, aux procureurs, au service aux victimes, tout ça sans avoir de procès en bout de ligne.
Il a admis lui-même en cour être venu ici, être allé à l'hôtel, que tout ça s’est passé. Mais pour un détail technique, pour une faute, humaine ou de système, que cette information-là ne se soit pas rendue au procureur de la Couronne ou que le procureur de la Couronne ne l’a pas révisée proprement… Je ne comprends pas.
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